Derrière le “sois gentil·le” : quand l’émotion est prise en otage

(Les émotions : votre système de navigation intérieure)

Les émotions ne sont pas des obstacles à corriger.
Elles sont un véritable système de navigation intérieure qui nous informe de ce qui est juste, sécurisant ou au contraire désaligné.
Lorsqu’une émotion est étouffée très tôt, c’est cette boussole intérieure qui se dérègle.

« Sois gentil. »
« Sois gentille. »

Garçon ou fille, qui n’a pas entendu cette phrase dans son enfance ?
Elle semble anodine, bienveillante, éducative.

Et pourtant, derrière ces mots se cache parfois un mécanisme aux effets sous-estimés.

1.     Ce que l’enfant entend réellement

Nous analysons souvent les situations depuis notre regard d’adulte, avec notre capacité de recul, de nuance et de discernement.
L’enfant, lui, fonctionne avant tout à partir de ce qu’il ressent et perçoit.

Ce n’est que vers 9–10 ans qu’il commence à comparer et à nuancer, mais toujours à partir du concret, sans encore le recul émotionnel d’un adulte.

Pour un enfant, « sois gentil·le » ne signifie pas spontanément :

  • sois aimable,
  • sois délicat,
  • sois respectueux.

Très souvent, cela signifie :

« Obéis.
Ne fais pas de vagues.
Fais ce qu’on attend de toi. »

L’enfant comprend vite que pour être aimé, accepté, récompensé… il doit se conformer.

Son corps émotionnel enregistre alors : Amour = obéissance.

2.     Quand la gentillesse devient une stratégie de survie

Dans mes séances, cette injonction revient souvent, chargée de blessures profondes.

Certaines personnes ont intégré très tôt que :

  • pour être aimées, il fallait être gentilles,
  • pour être en sécurité, il fallait se taire,
  • pour ne pas perdre le lien, il fallait obéir.

La gentillesse n’est alors plus un élan du cœur, mais une stratégie de survie émotionnelle.

3.     Un levier d’abus redoutable

Il est important de le dire clairement : cette injonction peut devenir un outil de manipulation puissant.

Parce qu’elle agit sur :

  • le besoin d’amour,
  • le besoin d’appartenance,
  • le besoin de sécurité.

Derrière cette formule, un message implicite peut s’installer :

« Si tu obéis, tu seras aimé·e.
Si tu dis non, tu perdras le lien. »

C’est un levier redoutable, car l’enfant n’a ni les mots, ni les repères, ni la maturité pour distinguer :

  • la gentillesse,
  • de la soumission,
  • l’amour,
  • de l’emprise.

4.     Quand la confusion ouvre la porte à l’abus

Dans certains contextes (familiaux, éducatifs, relationnels), cette confusion va être exploitée.

Un adulte peut s’appuyer sur cette injonction pour :

  • obtenir le silence,
  • forcer l’obéissance,
  • franchir des limites,
  • imposer des gestes, des paroles ou des situations inacceptables.

L’enfant ne comprend pas qu’il y a abus.
Il comprend seulement qu’il doit être gentil·le.

Et cette confusion laisse des traces profondes dans le corps émotionnel.

5.     Les empreintes à l’âge adulte

Lorsque ce levier agit, souvent de manière inconsciente, il laisse souvent :

  • une difficulté à dire non,
  • une culpabilité dès que l’on se respecte,
  • une confusion entre amour et sacrifice,
  • une peur de déplaire,
  • une colère retournée contre soi.

Le corps émotionnel reste en alerte, longtemps après.

6.     Noël et la confusion renforcée

À l’approche de Noël, cette injonction refait souvent surface :
« Si tu es sage et gentil·le, tu auras des cadeaux. »

L’enfant associe alors :

  • amour = récompense,
  • gentillesse = sécurité,
  • obéissance = reconnaissance.

La confusion s’ancre encore plus profondément.

7.     Redonner au mot “gentil·le” son sens véritable

Il est essentiel de réhabiliter le mot gentil·le.

Être gentil·le, ce n’est pas :

  • se taire quand quelque chose est injuste,
  • faire plaisir contre soi,
  • obéir au détriment de son intégrité.

Être gentil·le, c’est :

  • agir avec amabilité,
  • faire preuve de délicatesse,
  • être animé·e de bons sentiments,
  • sans jamais se trahir.

La vraie gentillesse respecte toujours le corps, les émotions et les limites.

8.     La question de discernement

Si aujourd’hui, quelqu’un vous demande d’être gentil·le, posez-vous ces questions :

Cette demande réveille-t-elle une ancienne peur de déplaire ?
Suis-je invitée à être moi… ou à me conformer ?
Est-ce que je me sens libre de dire oui… et libre de dire non ?

Votre corps émotionnel connaît souvent la réponse avant votre mental.
Pour cela, il faut avoir appris à accueillir ses émotions, sans les juger ni les étouffer, afin qu’elles puissent jouer en toute liberté leur rôle de guide.

9.     Rendre le costume à qui il appartient

Lorsque la demande est floue, pressante ou culpabilisante, il est parfois nécessaire de rendre le costume.

Celui de la personne méchante, ingrate ou difficile que l’on vous attribue lorsque vous commencez à vous respecter.

Rendre le costume, c’est refuser d’endosser une image qui ne vous appartient pas.
Cela révèle souvent un lien déséquilibré, ancien, qui ne tient plus aujourd’hui.

Se respecter n’est pas être méchant·e, c’est être juste.

10.             Pour aller plus loin

Si cette injonction agit encore sournoisement dans votre vie, si elle brouille vos limites ou votre rapport à l’autre, un accompagnement peut vous aider à remettre de la clarté là où il y a eu confusion.

Je vous accompagne, à travers Le Voyage Intérieur, pour démêler ces mécanismes émotionnels, restaurer votre sécurité intérieure et retrouver une relation plus saine à vous-même et aux autres.

Avec présence et bienveillance,

Marilyn — Le Voyage Intérieur